Engager l'adaptation de son entreprise au changement climatique: par où commencer ?
- 25 févr.
- 8 min de lecture
Dernière mise à jour : 5 mars
Inondations, canicules, sécheresses, tempêtes… Les aléas climatiques ne sont plus des hypothèses lointaines. Ils sont déjà là, et leurs conséquences sur l'activité des entreprises — approvisionnements perturbés, infrastructures fragilisées, marchés qui se transforment — vont s'accentuer. Bonne nouvelle : des dispositifs concrets, accessibles et en grande partie financés existent pour vous aider à mesurer votre vulnérabilité et à construire votre plan d'action. Tour d'horizon.
Pourquoi parler d'adaptation, et pourquoi maintenant ?
La transition écologique des entreprises s'est longtemps résumée à une question : comment réduire mes émissions ? C'est le champ de la décarbonation, du bilan carbone, du Diag Décarbon'Action. Nécessaire, mais insuffisant. Car même dans le meilleur des scénarios d'atténuation, le réchauffement déjà engagé va continuer à produire ses effets pendant des décennies.

Le 3ème Plan National d'Adaptation au Changement Climatique le rappelle sans détour : si les émissions ne baissent pas suffisamment vite, les impacts du changement climatique pourraient conduire en France à une perte de richesse équivalente à 10 points de PIB.
Pour un dirigeant ou un DAF, cela se traduit très concrètement : est-ce que mon site de production est en zone inondable ? Est-ce que mes fournisseurs sont exposés à des sécheresses récurrentes ? Est-ce que mes équipes peuvent travailler dans un bâtiment non climatisé lors de vagues de chaleur de plus en plus intenses ? Est-ce que mes marchés vont se contracter ou se transformer sous l'effet des évolutions climatiques ?
Pour une entreprise, s’adapter revient donc tout d’abord à identifier les risques climatiques physiques qui pèsent sur ses activités en élaborant son étude de vulnérabilité.
Un risque climatique physique porte sur un enjeu au sein de l’entreprise (bâtiment, équipement, condition de travail, approvisionnement…), et résulte du croisement entre l’exposition de l’enjeu (c’est-à-dire son niveau d’importance pour le maintien des activités de l’entreprise), un aléa climatique auquel l’enjeu est exposé et la vulnérabilité de cet enjeu à cet aléa (propension ou prédisposition à subir des dommages)
Ces risques se matérialisent principalement de 3 manières pour l’entreprise :
Les risques opérationnels s’appréhendent selon 3 angles :
(i) le ou les territoires au sein duquel l’entreprise est établie,
(ii) ses installations physiques et les conditions de travail,
(iii) sa chaîne logistique et ses dépendances aux réseaux (eau, énergie, transport, télécom principalement)
Les risques assurantiels : l’entreprise pourra-t-elle encore assurer ses actifs et ses activités ?
Les risques financiers : quelle répercussion des impacts du changement climatique sur les coûts et la compétitivité de l’entreprise ?
Ces questions méritent des réflexions sérieuses, méthodiques, et documentées. C'est exactement ce que proposent les dispositifs présentés ci-dessous.
Prendre conscience du problème - les ateliers AdACC

Les Ateliers de l'Adaptation au Changement Climatique se déclinent en plusieurs format, explorant les impacts physiques du changement climatique.
Pour les entreprises, l'atelier 'Mise en oeuvre' permettra en 3h30 de parcourir le sujet:
• Découverte de la méthode - 1h30
Introduction générale. Puis découverte des composantes de la notion de risque ; des leviers propres à l’adaptation ; de l’évaluation d’une mesure (maladaptation vs co-bénéfices) ; de la nécessité d’une trajectoire transformationnelle.
• Expérimentation de la méthode sur un enjeu spécifique - 1h30
Travail sur un enjeu spécifique à l’entreprise ou à la collectivité déterminé avant l’atelier ; idéation collective sur la recherche de mesures et esquisse d’une trajectoire transformationnelle.
• Conclusion et passage à l’action - 30 min
Panorama des enjeux et pistes de priorisation. Quelles prochaines étapes dans mon organisation ?

Pour les collectivités et le grand public, l'atelier 'Mobilisation' vise à généraliser le « réflexe adaptation » dans la population pour placer l’adaptation au cœur du débat public et faire collectivement les meilleurs choix possibles. Ainsi en 2h, à travers un jeu de rôle, une vingtaine de participants pourront s'immerger dans un cas concret, inspiré de faits réels, pour dégager les grands enjeux de l'adaptation: anticiper plutôt que subir, faire des choix collectifs, éviter de mal faire et chercher à bien faire, s'engager sur une trajectoire de transformation.
Le Diag Adaptation BpiFrance / ADEME : le diagnostic de référence à l'échelle nationale

Lancé officiellement en juillet 2025 en partenariat avec Carbone 4, le Diag Adaptation est aujourd'hui le dispositif le plus structuré qui existe en France pour accompagner les entreprises dans l'analyse de leur vulnérabilité aux risques climatiques physiques.
À qui s'adresse-t-il ?
Aux sites de PME et ETI de tous secteurs, de 499 salariés maximum. Il s'agit donc explicitement d'un outil pensé pour ceux qui ne sont pas encore contraints réglementairement, mais qui ont tout intérêt à anticiper.
Concrètement, que se passe-t-il ?
Un expert agréé par BpiFrance et l'ADEME vient dans votre entreprise. Sur une période de 3 à 6 mois, il vous accompagne sur trois niveaux :
D'abord sensibiliser vos équipes aux risques physiques climatiques (vagues de chaleur, inondations, sécheresses, grêle, mouvements de terrain…) ;
Ensuite conduire un diagnostic de vulnérabilité complet de votre chaîne de valeur — de l'amont fournisseurs jusqu'à vos marchés et réseaux de distribution — avec un focus sur les processus vitaux de l'entreprise ;
Et enfin co-construire avec vous un plan d'action chiffré, hiérarchisé et concret pour réduire les vulnérabilités identifiées.
À l'issue du diagnostic, vous disposez d'un rapport de synthèse et d'une feuille de route. C'est aussi une première étape solide pour s'engager ensuite dans la démarche ACT (Accelerate Climate Transition), si vous souhaitez aller plus loin dans votre stratégie d'adaptation.
Quel est le coût ?
Le diagnostic est pris en charge à 50% par l'ADEME, ce qui représente un reste à charge de 3 000 € HT pour l'entreprise. Pour un accompagnement aussi structuré — plusieurs jours d'intervention d'un expert sur site, une méthodologie robuste, un livrable directement exploitable — c'est un investissement très raisonnable au regard des enjeux.
Comment candidater ? Directement sur le site de BpiFrance. Vous vérifiez votre éligibilité via votre numéro SIRET, exprimez votre intérêt via un formulaire, un conseiller vous rappelle sous environ deux semaines, et si votre dossier est validé, BpiFrance sélectionne pour vous un bureau d'études agréé. Vous pouvez également demander à travailler avec un consultant référencé de votre connaissance (comme ParadigmShift par exemple).
Breizh Fab : le dispositif breton pour les industriels de la région

Pour les entreprises bretonnes ayant une activité industrielle, il existe un dispositif complémentaire particulièrement intéressant : le programme Breizh Fab, piloté par la Région Bretagne en partenariat avec les CCI de Bretagne et les acteurs institutionnels régionaux.
Breizh Fab ne se résume pas à l'adaptation climatique — c'est un programme de compétitivité global qui couvre la stratégie, la performance industrielle, la transition numérique et la transition environnementale. Mais il intègre un volet "adaptation climat" parmi ses thématiques d'accompagnement, aux côtés du bilan GES, de l'écoconception, ou de la RSE par exemple.
À qui s'adresse-t-il ?
Aux entreprises industrielles bretonnes de moins de 250 salariés, avec au moins 3 ans d'activité et un effectif supérieur à 5 personnes. Les micro-entreprises sont éligibles. C'est donc un dispositif accessible aux TPE industrielles, ce qui le distingue du Diag Adaptation, davantage calibré pour des structures plus grandes.
Concrètement, que propose-t-il ?
L'entrée dans Breizh Fab commence par un état des lieux de 2 jours (reste à charge de 400€ HT) pour évaluer les enjeux environnementaux et de décarbonation de l'entreprise.
À partir de là, les dirigeants définissent avec un Référent Transition Environnementale les "défis" prioritaires sur lesquels ils souhaitent être accompagnés individuellement.
L'adaptation au changement climatique peut constituer l'un de ces défis. Le programme propose ensuite des accompagnements individuels par des consultants spécialisés (de 2.5 à 10 jours selon les besoins), ainsi que des temps collectifs tout au long de l'année : ateliers, webinaires, visites d'entreprises, rencontres entre industriels bretons.

L'avantage spécifique de Breizh Fab
Au-delà du contenu et du financement, ce programme offre quelque chose de précieux : un ancrage territorial et une dynamique collective. Vous n'êtes pas seul face à votre diagnostic — vous faites partie d'un écosystème d'industriels bretons qui se posent les mêmes questions, confrontent leurs expériences, et avancent ensemble. C'est souvent dans ces échanges que naissent les idées les plus concrètes.
Comment candidater ? Vous pouvez nous contacter directement pour récupérer votre fiche candidature, ou sinon à contact@breizhfab.bzh.
PASS Transitions : le dispositif breton pour les entreprises de services et le commerce

Breizh Fab est réservé aux entreprises industrielles. Mais qu'en est-il d'un commerce, d'un cabinet de conseil, d'une agence, d'une structure de services aux entreprises ? C'est là qu'entre en jeu le PASS Transitions, dispositif porté directement par la Région Bretagne, et pensé pour les structures qui n'ont pas de chaîne de production au sens strict.
À qui s'adresse-t-il ?
Aux entreprises bretonnes de moins de 50 salariés, avec un chiffre d'affaires ou un bilan ne dépassant pas 10 millions d'euros, opérant dans la production, les services aux entreprises de production, ou la filière culturelle audiovisuelle. C'est donc un outil qui touche un spectre très large — bien au-delà de l'industrie.
Concrètement, que finance-t-il ?
Le PASS Transitions s'articule autour de trois volets cumulables. Le premier couvre les investissements : équipements pour réduire les consommations d'énergie, d'eau, les déchets, ou pour produire de l'énergie photovoltaïque. Le deuxième prend en charge les prestations de conseil : audits, diagnostics, études relevant des transitions environnementale, économique, sociétale ou numérique — et c'est précisément ici que peut s'inscrire un diagnostic d'adaptation climatique. Le troisième volet concerne les ressources humaines : il peut cofinancer le recrutement d'une personne à temps partagé sur un poste stratégique de transition, comme un responsable RSE ou un chargé de management de l'énergie.
Quel est le niveau d'aide ?
La Région finance jusqu'à 50% des dépenses éligibles. Pour le volet Conseil et RH, l'aide est comprise entre 4 000 € et 10 000 € (pour un minimum de 8 000 € de dépenses). Pour le volet Investissements, elle peut atteindre 50 000 €. Les deux volets Conseil et RH peuvent être combinés avec le volet Investissements — ce qui en fait un outil particulièrement souple pour bâtir une stratégie de transition complète.
Un point d'attention
Les dépenses ne doivent pas avoir démarré avant le dépôt de la demande. Anticiper et candidater en amont du démarrage du projet est donc indispensable.
Comment candidater ?
En déposant une lettre d'intention sur le portail des aides de la Région Bretagne.
Un accusé de réception vous est adressé, puis la Région vous informe de votre éligibilité. Si votre dossier est retenu, vous complétez un dossier complet avec justificatifs.
Contact : projets.entreprises@bretagne.bzh — Tél. 02 99 27 12 56.
Nous pouvons aussi vous aider si besoin.
Et après le diagnostic ?
Un diagnostic de vulnérabilité n'est pas une fin en soi — c'est un point de départ.
Une fois les risques identifiés et le plan d'action construit, plusieurs leviers de financement existent pour passer à la mise en œuvre : le Prêt Vert de BpiFrance pour les investissements de transition, le volet Investissements du PASS Transitions pour les entreprises bretonnes, ou encore les fonds FEDER mobilisés par la Région dans le cadre de son programme d'adaptation "Breizh Hin" — avec une enveloppe dédiée de 11 millions d'euros sur la période 2021-2027.
Il s'agira ensuite de suivre le déploiement et l'évaluation de votre stratégie d'adaptation, par exemple en utilisant ACT Adaptation, qui est un outil pour évaluer la qualité et l'exhaustivité de la stratégie d’adaptation de l’entreprise, depuis l’analyse des risques physiques jusqu’à la gouvernance, en tenant compte de l’ensemble de la chaîne de valeur.
En synthèse
Pour s'y retrouver facilement, voici un récapitulatif des trois dispositifs présentés dans cet article :
Dispositif | Qui ? | Quoi ? | Aide |
Diag Adaptation (BpiFrance / ADEME) | PME & ETI, tous secteurs, toute France | Diagnostic complet vulnérabilité climatique + plan d'action | 50% pris en charge, reste à charge : 3 000 € HT (7 jours) |
Breizh Fab (Région Bretagne / CCI) | Industriels bretons, 5 à 250 salariés (avec un site de production en Bretagne) | État des lieux + accompagnement individuel et collectif sur les transitions dont adaptation (contenu à définir ensemble) | Reste à charge:
|
PASS Transitions (Région Bretagne) | Entreprises bretonnes <50 salariés, <10M€ CA, tous secteurs | Conseil, investissements, recrutement RH sur les transitions | Sur la partie Conseil: minimum 8 000 € de dépenses. Aide comprise entre 4 000 € et 10 000 € |
Vous souhaitez être accompagné ? ParadigmShift est référencé auprès de BpiFrance et du programme Breizh Fab. Nous pouvons vous aider à identifier le dispositif le plus adapté à votre situation, monter votre dossier, et vous accompagner tout au long de la démarche.
→ Contactez-nous pour en discuter sans engagement.
Pour en savoir plus :
Côté financements:
Documentation:
Brochure de la Direction Générale des Entreprises, en partenariat avec l'ADEME, offrant des recommandations opérationnelles sur la manière d’aborder le sujet
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