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Le rapport IPBES 2026 : quand la science mondiale dit aux entreprises que la nature, c'est leur affaire

  • 5 mars
  • 4 min de lecture

Il y a quelques semaines, 150 gouvernements se réunissaient à Manchester pour adopter à l'unanimité un rapport qui prend clairement position. L'IPBES — la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité, l'équivalent du GIEC mais pour le vivant — vient en effet de publier sa première évaluation entièrement consacrée aux liens entre entreprises et biodiversité. Trois ans de travail, 80 experts issus de 35 pays, des milliers de références scientifiques. Le résultat est un document d'une clarté inhabituelle pour ce type d'exercice : la biodiversité n'est plus un sujet de naturalistes ou de responsables RSE militants. C'est un enjeu de survie économique. Et ce n'est pas nous qui le disons — c'est la science mondiale, validée par les États.


C'est quoi, l'IPBES, et pourquoi ça compte ?

Créée en 2012 sous l'égide des Nations Unies, l'IPBES joue un rôle comparable à celui du GIEC pour le climat : elle rassemble des experts du monde entier pour évaluer l'état des connaissances scientifiques et éclairer les décisions publiques et privées en matière de biodiversité. En d'autres termes : quand l'IPBES publie quelque chose, ce n'est pas un think tank, un cabinet de conseil ou une ONG qui parle. C'est le consensus de la communauté scientifique internationale, validé politiquement par les États membres. Ce rapport-là a donc un poids particulier — il va structurer les réglementations, les exigences des investisseurs et les attentes des donneurs d'ordre pour les années qui viennent.



Ce que le rapport dit, concrètement

Le message central est à la fois simple et vertigineux. Toute entreprise dépend directement ou indirectement du vivant et des services écosystémiques : disponibilité des matières premières, régulation du climat, qualité et approvisionnement en eau.

De nombreux secteurs — agriculture, construction, pharmacie — sont fortement dépendants d'une biodiversité saine. Autrement dit : l'eau que vous utilisez dans votre process industriel, les matières premières que vous achetez à vos fournisseurs, la stabilité climatique qui permet à vos équipes de travailler et à vos clients d'acheter — tout cela repose sur des écosystèmes. Et ces écosystèmes sont en train de s'effondrer.

Impacts et dépendances des entreprises et contribution de la nature aux hommes
Impacts et dépendances des entreprises et contribution de la nature aux hommes

Ne pas intégrer la biodiversité dans sa stratégie expose l'entreprise à des risques accrus de dysfonctionnement : rupture de chaîne d'approvisionnement, pertes de matières premières, non-conformité aux nouvelles régulations à venir.


Le rapport souligne aussi un paradoxe économique difficilement défendable : en 2023, les flux financiers mondiaux publics et privés ayant des impacts directement négatifs sur la nature s'élevaient à 7 300 milliards de dollars, contre seulement 220 milliards orientés vers des activités contribuant à la conservation et à la restauration de la biodiversité.

Un rapport de 1 à 33. Le système économique mondial finance donc massivement sa propre fragilisation.



Ce qui change avec ce rapport : la biodiversité comme risque systémique

Jusqu'ici, parler de biodiversité en entreprise, c'était souvent se retrouver dans le registre de la bonne volonté — les abeilles, les haies bocagères, le bilan "nature positive".

Ce rapport change de registre. La perte de biodiversité expose l'économie mondiale à des risques systémiques de même ampleur que ceux du changement climatique. Ce n'est plus de la RSE. C'est de la gestion des risques.


Le rapport insiste sur la nécessité d'aller au-delà des approches purement financières et de prendre en compte les risques physiques, réglementaires et réputationnels liés à la dégradation des écosystèmes. Il souligne également que les impacts les plus significatifs se situent souvent en amont, dans l'extraction ou la production agricole, loin du siège des entreprises — une vision systémique est donc indispensable.

Exemples de croisements entre impacts, dépendences, risques et opportunités
Exemples de croisements entre impacts, dépendences, risques et opportunités


Et les PME et ETI dans tout ça ?

On pourrait être tenté de penser que ce genre de rapport s'adresse aux multinationales — celles qui ont des directions "Nature" et des budgets de reporting sophistiqués. Ce serait une erreur de lecture. Tous les acteurs, indépendamment de leur taille, secteur ou zone géographique, ont une responsabilité dans la préservation et la restauration du vivant.


En comprenant et gérant leurs impacts et dépendances, les entreprises peuvent réduire les risques et générer des résultats positifs pour elles-mêmes et pour la biodiversité.

Et la réalité du terrain confirme l'urgence : aujourd'hui, moins d'1 % des entreprises publiant des rapports de durabilité y incluent leurs impacts sur la biodiversité. Ce chiffre dit à la fois le retard considérable — et l'espace immense pour celles qui prennent de l'avance.



Par où commencer ?

Le rapport ne se contente pas de dresser un tableau alarmant — il propose plus de 100 actions concrètes pour aligner les modèles économiques sur un avenir juste et durable.

Actions que les entreprises peuvent mettre en place pour gérer leurs impacts et dépendances et contribuer à créer un environnement favorable à la biodiversité
Actions que les entreprises peuvent mettre en place pour gérer leurs impacts et dépendances et contribuer à créer un environnement favorable à la biodiversité

Sans rentrer dans l'exhaustivité, quelques directions se dégagent clairement pour une PME ou une ETI qui veut se saisir du sujet sans se noyer :

  • Commencer par comprendre ses dépendances et impacts — c'est exactement l'objet du Diag Biodiversité de Bpifrance dont nous avons parlé dans un précédent article, et c'est un point d'entrée concret, accompagné et subventionné.

  • Regarder sa chaîne de valeur avec de nouveaux yeux — pour de nombreuses entreprises, notamment celles qui dépendent des matières premières, les impacts et dépendances importants à l'égard de la biodiversité s'accumulent tout au long des chaînes de valeur, bien au-delà de ce qui est visible depuis le siège.

  • Et ne pas attendre que la réglementation force la main — elle viendra, mais les entreprises qui auront déjà travaillé le sujet seront dans une position bien plus confortable pour s'y conformer, et pour en faire un avantage concurrentiel réel.

Exemples d'approches à chaque niveau de décision
Exemples d'approches à chaque niveau de décision

Le résumé pour décideurs du rapport IPBES "Entreprises et biodiversité" est disponible en anglais sur le site de l'IPBES. Le rapport complet sera publié dans les prochains mois. Et nous sommes disponibles pour en parler ensemble, si ce sujet commence à résonner dans votre entreprise — c'est exactement là que nous aimons intervenir.





 
 
 

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