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#Entreprises engagées ! Séverine Attimon, de l'Hyper U Guichen : quand la grande distribution réinvente son rôle sur le territoire

  • 6 août
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Entretien avec Séverine Attimon, co-dirigeante avec sa sœur, Laëtitia Duplaa,  de l'Hyper U de Guichen, une commune d'Ille-et-Vilaine (35), proche de Rennes. Une entreprise familiale qui prouve que grande distribution et engagement sincère peuvent aller de pair.


On n'associe pas spontanément "hypermarché" et "démarche régénérative". Et pourtant, à Guichen, quelque chose interpelle dans cet Hyper U d’environ 4 000m². On y trouve un rayon dédié à l'économie circulaire, des produits de fournisseurs locaux engagés dans une démarche de décarbonation, une cuisine sur place qui transforme les fruits et légumes et les viandes du magasin comme si c'était à la maison… Et des équipes qui aiment venir travailler, l’Hyper U ayant obtenu 3 années de suite le label Great Place to Work (Label de l’Entreprise où il fait bon travailler).


Derrière tout cela, deux sœurs donc : Séverine Attimon et Laetitia Duplaa, codirigeantes depuis plus de 25 ans, quatrième génération d'une affaire familiale. Membres du parcours CEC Grand Ouest 2023, accompagnées d'Isabelle, leur responsable RSE, elles ont entrepris une transformation profonde de leur magasin — et d'elles-mêmes. Nous avons rencontré Séverine pour comprendre ce qui les anime.


Un magasin comme lieu de vie

Avant même d'entrer dans le vif du sujet, ce qui frappe dans le discours de Séverine, c'est la centralité des gens — clients, employés, fournisseurs, associations locales. L'Hyper U de Guichen n'est pas seulement un endroit où l'on fait ses courses. C'est, dans l'esprit de ses dirigeantes, un lieu de vie ancré dans son territoire.

Concrètement, cela se traduit par des choix qui peuvent sembler anodins mais qui, mis bout à bout, dessinent une vraie vision : une cuisine sur place qui valorise les produits du magasin — viandes Bleu-Blanc-Cœur, fruits et légumes locaux — dans des plats préparés comme à la maison. La suppression d’ingrédients controversés dans les produits U, plus de 300 produits U ayant le label Bleu Blanc Cœur … une intention de proposer de la qualité à des prix accessibles. Et en projet, des gâteaux adaptés aux personnes diabétiques, qui seront conçus en groupes de travail avec des clients directement concernés. Ce dernier exemple dit beaucoup : ici, les clients ne sont pas des cibles marketing, ils sont des partenaires, intégrés aux réflexions.


La vision de Séverine et Laetitia pour leur magasin
La vision de Séverine et Laetitia pour leur magasin

ParadigmShift (PS) : Séverine, qu'est-ce qui vous a personnellement poussées, vous et votre sœur Laetitia, à aller au-delà des standards habituels de votre enseigne ?

Séverine Attimon (SA) : Je crois que c'est d'abord une question d'éducation. Nous avons grandi avec une certaine ouverture d'esprit, une sensibilité aux autres, le goût de la remise en question. Mais ce qui a vraiment tout déclenché, c'est la Fresque du Climat. Quand on la fait, on ne peut plus faire semblant de ne pas savoir. On a voulu agir. Et la CEC — la  Convention des Entreprises pour le Climat — nous a donné les bases pour aller plus loin concrètement, sur des sujets très différents : l'approvisionnement, l'empreinte carbone, l'aménagement du parking… Mais aussi, et c'est peut-être le plus important, nous transformer nous-mêmes. D'ailleurs nos deux directeurs, Frais et Non-alimentaire, ont également suivi le parcours CEC dans la foulée.

Un cheminement qui se questionne sur le futur et imagine un nouveau projet
Un cheminement qui se questionne sur le futur et imagine un nouveau projet

 

PS : Concrètement, comment cela se traduit-il au quotidien dans le magasin ?

SA : Sur le volet environnemental, nous avons engagé une démarche de décarbonation avec Produit en Bretagne : bilan carbone et trajectoire ACT. Et nous allons étendre cette logique à nos fournisseurs à partir de 2030 : tout nouveau fournisseur en direct devra être lui-même engagé dans une démarche de décarbonation pour être référencé chez nous. Ce n'est pas anodin dans notre secteur.

Nous travaillons aussi beaucoup sur l'économie circulaire, notamment avec Pik'Éthique. C'est une très belle histoire : au départ c'est une coopération locale, on a co-développé ensemble une gamme de produits reconditionnés, puis nous avons candidaté à des appels à projets ADEME — et ils ont été lauréats comme nous ! Depuis 1 an, Pik’Ethique a un rayon dédié dans notre magasin, et leurs produits essaiment dans d'autres magasins. C'est exactement le type de dynamique que nous cherchons : des choses qui durent et qui rayonnent au-delà de nous.

Côté social, nous avons aussi réuni début 2024 les 80 associations que nous sponsorisons — sportives, culturelles — pour leur expliquer notre vision et les embarquer dans la même direction. On ne voulait pas que notre engagement reste dans les murs du magasin.


PS : Et en interne, comment avez-vous embarqué vos équipes dans tout ça ?

SA : C'est probablement le chantier le plus délicat, et celui dont nous sommes les plus fières. Changer les façons de faire dans une grande surface avec des dizaines de collaborateurs aux profils très différents, ça ne se décrète pas. Il faut y aller progressivement, travailler sur le plaisir plutôt que les contraintes, sensibiliser sans braquer.

Nous avons mis en place plusieurs choses. La Fresque du Climat pour tous les collaborateurs, bien sûr. Mais aussi "The Week", une sorte de mini-CEC avec nos cadres et managers. Des formations de deux jours sur la coopération avec Immaterra — parce que coopérer et collaborer, ce n'est pas la même chose. Et chaque mois, une réunion d'anniversaires où tous les rayons se mélangent, reçus par nous deux, autour d'ateliers de 45 minutes sur des sujets variés. Ce travail en intelligence collective, les équipes l'apprécient vraiment. Elles ont envie de participer, de contribuer. Et cela forme aussi nos managers — sur l'écoute, l'animation, la posture.

Nous avons proposé également des formations bien-être, rendues obligatoires — alimentation, sport, gestion du stress — sur le temps de travail, et gratuites. Ce n'est pas un gadget : si on demande à nos équipes de s'engager, on doit prendre soin d'elles en retour.


PS : Vous avez rencontré des résistances en chemin ?

SA : Oui, et elles viennent de là où on ne les attend pas toujours. Référencer des producteurs locaux, par exemple, ça ne va pas de soi : la grande distribution fait peur à beaucoup de petits producteurs. Il faut construire une relation de confiance dans la durée, et ça prend du temps. De même, au départ, certains partenaires ne nous croyaient pas vraiment. Notre image de grande surface jouait contre nous. On a dû faire nos preuves.

Et puis il y a le défi humain : tout le monde ne connaît pas les limites planétaires, tout le monde ne part pas du même niveau de sensibilité. On ne peut pas tout brusquer. On avance à petits pas, on travaille sur ce qui fait sens pour chacun, et peu à peu les choses bougent.


PS : Quels bénéfices concrets observez vous aujourd'hui ?

SA : Le premier, et c'est celui qui nous touche le plus, c'est que les gens — clients et employés — se sentent bien dans notre magasin. C'est difficile à quantifier, mais c'est réel. Et certains collaborateurs nous choisissent également parmi d’autres offres de travail, pour travailler spécifiquement chez nous.

Sur le plan territorial, nous commençons à être reconnues comme des actrices à part entière. La communauté de communes nous implique, nos initiatives sont reprises, on parle de nous. C'est une preuve que ce qu'on fait résonne au-delà de nos murs.

Et enfin, ce qui nous rassure après les épisodes caniculaires que nous avons traversés cet été 2026, qui nous ont amené à fermer notre station de lavage et où plusieurs de nos groupes froids ont lâché, c'est que nous avions déjà engagé des réflexions dans ce sens et sommes déjà en plein travaux : nous avons choisi de récupérer l'eau de pluie de nos toitures, qui nous permettra entre autre d'approvisionner notre station de lavage, et nous sommes en train de changer tous nos meubles froid pour passer sur boucle d'eau, un système plus résilient que le CO2 qui est posé partout, et qui est plus robuste pour tenir face à ces chaleurs extrêmes.


PS : Un dernier conseil pour un dirigeant qui hésite à se lancer ?

SA : Ne pas avoir peur. Les contraintes réglementaires vont augmenter — sur l'isolation, la gestion de l'eau, la triple comptabilité… Autant les anticiper et les transformer en opportunités plutôt que de les subir. Et ce qu'on ne dit pas assez, c'est que sur ce chemin, des portes s'ouvrent. Le réseau se renforce. On rencontre des gens extraordinaires. Ce n'est pas un chemin solitaire.





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